NOTRE HISTOIRE

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Éric Lovisolo a 64 ans. Comme beaucoup, il a découvert le parachutisme alors qu’il était engagé dans la Marine Nationale. Il a alors eu envie de poursuivre cette expérience. En 1986, il intègre un parcours très classique, au CERP de Royan. Par la suite, il en devient le trésorier. Au cours de cette expérience, il va par contre se rendre compte d’un certain nombre d’anomalies qui l’interpellent et face auxquelles il ne peut se résoudre à rester impassible. Le centre représentait à l’époque entre 30 000 et 45 000 sauts ; il pouvait donc être qualifié de gros centre saisonnier. Déjà à l’époque, Royan ouvrait sa saison au mois d’avril et la clôturait après la Toussaint, schéma inchangé à ce jour.

En 2000, la structure fait face à divers déboires et à un troisième règlement judiciaire. Avec hardiesse et, il faut bien l’admettre, un peu d’inconscience, Eric refuse de laisser couler cette école qui lui tient tant à cœur. Il affronte donc l’ancienne équipe en place depuis dix ans.

Avec le soutien du président de la Fédération Française de Parachutisme de l’époque, Jean-François Angles, Éric présente son projet au bureau directeur. Malgré une certaine défiance, liée à son parcours aux côtés de l’équipe responsable de ces déboires, il va être challengé. Toutefois, face à la solidité des arguments et le sérieux démontré, les élus vont choisir de lui faire confiance. Par contre, il ne souhaitait pas continuer le CERP mais assumer une responsabilité financière et totale d’une nouvelle structure et va, ainsi, transformer l’association en société.

Éric Lovisolo a dû reprendre de zéro : les anciens avaient saboté le matériel ou étaient partis avec. Il n’y avait donc plus rien. Il a aussi fallu repartir sur un terrain qui n’était pas celui de la drop zone du CERP, puisque le bail de l’espace précédent avait pris fin. La mairie a néanmoins, toujours soutenu le projet. Les débuts se font dans des Algeco avant de pouvoir commencer à poser l’ensemble de l’infrastructure. Sur ses fonds propres, il fonde Europhenix et demande à Philippe Cazalas de le rejoindre, en tant qu’associé. Dès le départ, Eric n’avait pas vocation de gérer au quotidien ; Philippe prend donc cette responsabilité.

Ensemble, ils donnent forme à l’entreprise. « La première année, avec nos petits bras et nos petits moyens, nous avons tout de même fait 3.000 sauts » évoque Eric avec fierté. Année après année, ils progressent jusqu’à atteindre le nombre symbolique de 20.000 sauts. Cela a participé à l’obtention d’un statut de référents parmi les autres centres. Le parcours aura pourtant été semé d’embûches, notamment liées à la gestion de l’ancienne équipe : les banques refusaient tout prêt, les avionneurs n’avaient plus confiance et il fallait les payer en avance. Eric Lovisolo évoque cette période avec lucidité : « Nous avons dû redoubler d’efforts et démontrer encore plus de transparence, d’honnêteté et de dynamisme à l’égard de nos partenaires. C’était une situation compliquée mais on s’en est sortis ! »

Depuis la création d’Europhenix, le milieu du parachutisme a aussi évolué vers un aspect plus orienté loisir, et s’est détaché de l’image parfois fermée et stricte de l’armée. Eric et Philippe avaient senti très tôt ce changement arriver. Ils avaient donc choisi d’anticiper en ajustant leur stratégie : les sauts avec équipes, prépondérants à l’époque, ont laissé place à des sauts plus tournés fun et plaisir. « Nous avons utilisé la démocratisation du tandem, qui est passé d’expérience extraordinaire au début des années 2000, à une activité plus commune, que l’on peut pratiquer au retour de la plage…. pour se sécher les cheveux  » évoque-t-il avec humour.

Éric est conscient de ces enjeux : « Notre sport a cette particularité, comme bien d’autres d’ailleurs, de mobiliser des moyens couteux et, surtout, très réglementés. Or, il est pratiqué par des gens qui n’ont pas énormément de moyens ». Il fallait donc une vision stratégique marquée pour identifier les leviers d’action et pérenniser l’activité. Ainsi, ils ont accompagné, voire même devancé, la popularisation du tandem à leur échelle. « Nous avons continué cette démarche grâce à un acteur très connu du parachutisme en la personne de Joinville Francis, qui a notamment été deux fois vice-champion du monde. Il a aidé le centre à consolider ce rôle de référent de la PAC. Nous formons désormais des parachutistes ». Joinville a su graver, au sein d’Europhenix, la rigueur, la sécurité et l’enseignement. Autant de qualités qui ont été entretenues dans la culture sportive et organisationnelle, et qui en font l’un des premiers centres d’enseignement PAC en France.
La localisation et la beauté du centre a aussi beaucoup contribué à ce succès. Il est merveilleusement situé pour attirer les jeunes, notamment. « Nous avons la chance d’avoir à Royan un site extraordinaire avec la côte, les nombreux restaurants et bars à proximité, les infrastructures de camping aux alentours, une ambiance estivale et festive. Nous avons certes du mérite dans cette réussite, mais nous avons aussi su jouer de cet avantage géographique. Et, espérons-le, nos successeurs feront encore mieux ».

L’ensemble de ces facteurs constitue aujourd’hui la renommée du centre de Royan, au-delà de la Gironde et des frontières. Chaque année, une centaine de membres d’écoles étrangères viennent s’installer pour profiter de l’infrastructure. Ils viennent chercher une atmosphère particulière, marquée par une ambiance bienveillante, mise en valeur par un cadre exceptionnel.
« Chez nous, il n’y a plus du tout cet aspect contraignant, lié à l’histoire militaire du sport. La rigueur est restée grâce à l’équipe technique notamment, mais cela n’empêche pas d’avoir un excellent relationnel. Le climat familial et amical est préservé pour que tous se sentent bien chez nous. Presque un club de vacances parachutiste ! ». Mais comme leurs confrères, ils sont affectés par divers éléments externes. D’abord, la concurrence des associations, qui n’ont pas les mêmes contraintes financières. Elles ne se soumettent pas à la TVA, alors qu’elles le devraient, et profitent d’une flexibilité fiscale et des aides régionales en parallèle, dont les sociétés ne bénéficient pas. « De notre côté, nous sommes soumis à la contrainte fiscale, aux contrôles, et nous ne recevons aucune aide », explique Éric.

Europhenix prend de l’ampleur avec de nouveaux projets. Après l’achat de leur propre avion, ce qui implique des engagements financiers personnels, ils achètent leur parc de magasin. Le centre développe aussi son rayonnement : un voyage au Maroc est prévu à l’hiver 2022, pour y installer l’école. Cette phase de montée en puissance vient gratifier les nombreux efforts et l’engagement mené depuis une vingtaine d’années. « Même s’il y a toujours des petits accidents de parcours avec de la casse de matériel, en termes de sécurité, nous n’avons rien à déplorer. En 20 ans, nous n’avons connu qu’un décès sur le centre, qui n’était pas lié à la pratique mais à un arrêt cardiaque ». Finalement, petit à petit, sans clairon ni trompette, l’équipe a su creuser son sillon et cimenter les bases d’un centre solide à Royan. Désormais, les bases sont posées et cela permet d’avancer sereinement pour l’avenir.

Éric témoigne aussi de la difficulté à transformer les parachutistes en habitués, après la PAC. « Nous constatons, à l’échelle régionale, que nous avons des trous dans les tranches d’âge au niveau de la fréquentation. Les jeunes passent la PAC mais ne donnent pas suite. Finalement, aujourd’hui, la PAC est perçue comme une activité à part entière, comme on irait s’essayer au surf ». On voit apparaitre un certain nomadisme des sensations, qui se pérennise. Le levier pour pallier à cette problématique est malheureusement financier. Le parachutisme demeure un sport perçu comme cher : les PAC et les sauts sont onéreux, sans compter le matériel. A titre d’exemple, un saut est vendu 35 euros à Europhenix. Avec le prix du kérosène et de la maintenance des avions, le centre gagne moins d’un euro de marge brute. Cela reste indispensable pour remplir les avions, mais ne génère pas un moteur financier pour rentabiliser les sauts. Ce qui interpelle, c’est que les associations rencontrent le même problème. « J’avais suggéré à la FFP la création d’une sorte de passeport pour les parachutistes, après avoir passé la PAC, qui leur donnerait un certain nombre d’avantages. Parmi les besoins, il faut apporter une aide financière qui permettra de les faire revenir. C’est une volonté qui est encouragée par la Fédération, mais qui doit être portée au niveau local. Dans notre population, nous avons seulement 50 % des PACmen qui reviennent sauter. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est accentué face à la culture des nouvelles générations de multiplier les expériences ».

Le parachutisme s’est banalisé ; cela explique un volume de sauts conséquent. Si on compare aux années précédentes, il faut toutefois dépolluer et soustraire les vols militaires pour être plus juste. Le parachutisme ne se porte donc pas si mal, car les chiffres sont globalement les mêmes que ces années-là, pour lesquelles de nombreux sauts militaires étaient subventionnés. Il faut à présent faire revenir les pratiquants. Les jeunes en priorité, qui disposent d’un budget loisirs limité. D’autant plus que les coûts, de transport, notamment, vont augmenter dans les années à venir. Les maigres subventions versées par l’Etat ne suffiront pas pour renverser la vapeur. Éric Lovisolo veut préconiser une vision d’avenir « Je pense que tout part de la base : le client. Il nous faut susciter des vocations chez les jeunes et réussir à les faire venir pour la pratique elle-même et ce qu’elle évoque en termes de culture, d’évasion, de façon d’être. Comme le surf a su le faire par exemple, en devenant très populaire auprès de tous les publics ».

Donner envie, en retirant les craintes, au profit de l’expérience, mais aussi de la possibilité de progresser sportivement. C’est un enjeu majeur pour l’attractivité du parachutisme. « En France nous avons une pratique relativement développée par rapport à d’autres pays européens. De mon point de vue, c’est sur ce terreau fertile que nous devons travailler. L’impact médiatique autour de notre sport peut nous permettre de lever ces contraintes financières. Et puis, nous avons une chance extraordinaire qu’il nous faut exploiter : le parachutisme donne de superbes images, qui a elles seules, peuvent donner l’envie de pratiquer. Nous devons instagrammer toutes nos expériences » résume Éric avec détermination.